Stéfane Blouin, surintendant de la meunerie de Lévis.
19 Octobre 2021

Une deuxième vie plutôt que l’enfouissement

À la meunerie de Lévis, les coûts liés à l’élimination des déchets étaient vraiment élevés comparativement à ceux d’une usine similaire du réseau. L’équipe de travailleurs a retroussé ses manches et a entrepris de fouiller ses conteneurs pour valoriser le mieux possible ses rejets.

Après un an de catégorisation des déchets, la meunerie de Lévis a réduit de 56 % la quantité de rejets destinés au site d’enfouissement! Elle a du même coup fait passer de 102 à 20 le nombre de chargements vers ce site! « Cette réduction du nombre de voyages a fait faire des économies évaluées à 37 000 $, sans compter les gains environnementaux », précise Stéfane Blouin, surintendant de la meunerie de Lévis.

Quelle est précisément l’opération que l’équipe a effectuée? Le conteneur à déchets sans couvercle de la meunerie comportait plusieurs matières récupérables. Par exemple, du carton! Pourquoi envoyer le carton au site d’enfouissement, alors qu’il peut être facilement recyclé? « On a fait venir un deuxième conteneur de la Ville pour expédier cette matière au recyclage », relate Stéfane Blouin.

Les deux conteneurs à carton et le conteneur à compost.
Les deux conteneurs à carton et le conteneur à compost.

Le conteneur de Lévis recelait également des palettes de bois, qui étaient condamnées à se décomposer dans le sol! L’usine est à la recherche d’un marché pour les vendre et leur donner une deuxième vie, mais en attendant, elle les donne à des gens qui les réutilisent.

Il y avait aussi une bonne quantité de compost, constitué notamment de rejets de substances entrant dans la composition des moulées. « Déjà, nous en recyclons une bonne quantité avec l’aide des formulateurs à l’interne, qui les réintègrent à des recettes de moulée », fait remarquer Stéfane. Mais il en reste passablement…

Le compacteur à déchets et le conteneur de récupération du métal.
Le compacteur à déchets et le conteneur de récupération du métal.

Antoine St-Cyr, agronome et directeur des activités de recherche chez Sollio Agriculture, a entrepris une démarche pour valoriser ce compost. Il a trouvé Entosystem, une jeune entreprise de Sherbrooke qui élève des insectes. Entosystem accepte de recevoir les résidus de moulée de la meunerie. C’est d’ailleurs dans sa mission de valoriser les matières organiques et de les retourner dans la chaîne agroalimentaire. Résultat : en 2019, l’usine de Lévis avait acheminé autour de 760 tonnes au service de compostage de la Ville. En 2020, soit environ un an après le début de l’opération, seulement 452 tonnes ont été expédiées au compostage, et 300 tonnes ont été récupérées par Entosystem.

« Nous utilisons le compost de Sollio Agriculture comme ingrédient de base pour nourrir nos insectes, explique Cédric Provost, cofondateur et président d’Entosystem. Ce compost fournit une base sèche protéinée, à laquelle nous ajoutons généralement des résidus de fruits et légumes invendus en épicerie afin de produire notre moulée pour insectes. »

« Quant aux pellicules de plastique [sacs, etc.], elles contiennent souvent de la poussière et des résidus de moulée, ce qui rend leur recyclage plus difficile », souligne Stéfane Blouin. Toutefois, Entosystem utilise un certain nombre de ces sacs pour commercialiser son fumier d’insectes. « C’est un fertilisant, du 4-2-2, qu’on appelle frass, précise Cédric Provost. C’est un produit approuvé pour l’agriculture biologique par Ecocert et qui comporte de très bonnes propriétés pour les cultures maraîchères en serre. »

Que fait Entosystem avec ses insectes? « Pour l’instant, nous les commercialisons sous forme de gâteries pour poules urbaines », répond Cédric Provost. Elles sont distribuées dans de nombreux points de vente, dont les BMR et les animaleries, sous la marque Choix Nature. Mais Entosystem vise un plus grand marché, soit les animaux d’élevage. « On veut comprendre les besoins des industries avicole, porcine et autres pour développer des produits qui sont adaptés aux besoins de ces animaux », ajoute Cédric Provost, en précisant que dans ce domaine Sollio Agriculture est un incontournable.

Jusqu’où ira Sollio Agriculture dans sa démarche?

« Il y a différents niveaux de valorisation des déchets, explique Christian Roy, directeur principal des opérations au Secteur des productions animales. Le recyclage, c’est très bien, mais c’est une action à petite valeur. Leur donner une deuxième vie dans la chaîne agroalimentaire, comme le fait Entosystem avec le compost, apporte une plus grande valeur. C’est vers cela que nous souhaitons tendre dans tout ce processus. »

Christian Roy précise que la démarche a commencé à l’usine de Lévis, mais qu’elle se poursuivra dans toutes les usines. « Nous sommes loin d’avoir atteint une économie circulaire [voir l’encadré]. Mais c’est un processus qui n’est jamais terminé, et nous visons à faire le maximum possible pour donner une deuxième vie aux matières que nous utilisons. Présentement, lorsqu’on envoie notre compost à Entosystem, par exemple, cela nous occasionne des frais. Mais peut-être qu’un jour, nous ferons de l’argent avec ce genre de partenariat. »

Qu’est-ce que l’économie circulaire?

L’économie circulaire se définit comme « un système de production, d’échange et de consommation visant à optimiser l’utilisation des ressources à toutes les étapes du cycle de vie d’un bien ou d’un service, dans une logique circulaire, tout en réduisant l’empreinte environnementale et en contribuant au bien-être des individus et des collectivités. » (Source : Pôle québécois de concertation sur l’économie circulaire)

L’objectif de l’économie circulaire est double :

  1. Repenser nos modes de production et de consommation pour consommer moins de ressources et protéger les écosystèmes qui les génèrent.
  2. Optimiser l’utilisation des ressources qui circulent déjà dans nos sociétés en :

Utilisant les produits plus fréquemment;

Prolongeant la durée de vie des produits et des composants;

Donnant une nouvelle vie aux ressources.

(Source : RECYC-QUÉBEC, https://bit.ly/3ldctla)

Article de Guylaine Gagnon paru dans le magazine Coopérateur d'octobre 2021